ACTUALITE - 21/07/2016
Addictologie et Handicap

Journaliste : L’addictologie… Qu’est-ce que c’est ?

Jean-François Bowen : Aïe, aïe c’est la question à ne pas poser.Il n’y a pas de réponse simple à un problème complexe comme l’addictologie. En effet, cette dernière relève davantage de la condition humaine que d’autres maladies. Personnellement, avec un parcours professionnel dans la médiation sociale en toxicomanie et la réduction des risques et des dommages sanitaires et sociaux liés aux usages de drogues, j’aurais une définition axée sur la citoyenneté et son déni.

Néanmoins, nous pouvons retenir la définition consensuelle d’Alain Morel [1] pour qui l’addictologie est un « champ d’investigation multidisciplinaire centré sur les conduites humaines d’autostimulation de sources de plaisir qui peuvent déterminer de véritables aliénations (perte de liberté de ne plus y recourir) et des modifications du rapport entre le sujet et le monde ».

J. : Quels sont les objectifs de l’approche initiée au Centre de la Gabrielle ?

J-F B. : D’une manière générale, il s’agit de prévenir les conduites addictives auprès des personnes en situation de handicap accompagnées au Centre de la Gabrielle avec une approche multidimensionnelle incluant les professionnels mais aussi l’entourage de ces personnes. Concrètement, les objectifs sont :
- D’informer les usagers et leur entourage des effets, des risques et des dangerosités des différentes drogues et conduites addictives
- De mettre en place des actions de prévention adaptées
- De prévenir les premières consommations de substances psychoactives par la responsabilisation et le développement des compétences psycho-sociales
- De permettre un repérage précoce des situations problématiques
- De proposer si besoin, un accès aux soins et donner les moyens de trouver un centre adapté
- D’accompagner les professionnels afin de trouver les moyens d’un positionnement commun.

J. : Comment les séances de prévention sont-elles organisées et auprès de quel(s) public(s) ?

J-F B. : L’équipe mobile intervient dans un premier temps auprès des professionnels encadrants en proposant deux sessions à un mois d’intervalle. Ceci dans le but d’avoir un temps d’observation et d’appropriation. S’adresser en premier lieu aux professionnels encadrants permet de mieux adapter et préparer l’action de prévention auprès des publics du Centre par la suite.

En ce qui concerne directement les jeunes et les adultes en situation de handicap du Centre, les modalités sont encore à déterminer mais elles se feront probablement sous formes de séance collective de prévention des conduites à risques ou sous forme de stand.

Enfin, l’intervention auprès des parents reste à affiner également. Le principe d’une conférence-débat semble approprié pour les proches désireux d’avoir des informations concrètes et de pouvoir échanger sur le sujet.

J. : Quels sont les résultats attendus ?

J-F B. : Dans un premier temps, nous voulons avant tout faire circuler l’information. C’est la première étape pour instaurer un climat de confiance qui permettra, par la suite, de lever les possibles tabous et de s’autoriser à évoquer les addictions, voire à en débattre.

Cette action d’information conférera une légitimité d’intervention des professionnels encadrants, libèrera la parole des personnes concernées et réaffirmera les possibilités d’échange et d’intervention de leurs proches.

[1] Alain Morel, « L’addictologie : croyance ou révolution ? », psychotrope 2006/3 (vol.12) p.21-40.