ACTUALITE - 3/05/2017
Qu’est-ce que la désinstitutionnalisation ? par Alexandre Ployé, chercheur à l’UPEC-ESPE

Depuis 2015, le Centre de la Gabrielle s’est engagé dans un projet européen sur la désinstitutionalisation, intitulé « Unlocking freedom through adult education ». Dans le cadre de l’une des actions de ce projet, le Centre a initié en 2017 une convention de partenariat avec l’Université Paris-Est Créteil visant à accompagner l’évolution des pratiques professionnelles et ainsi garantir une plus grande prise en compte des désirs et besoins des personnes en situation de handicap, ainsi qu’une plus grande émancipation et participation à la vie de la cité. Alexandre Ployé, chercheur de l’UPEC-ESPE, expose sa vision de ce partenariat.

Interview Alexandre Ployé

Le terme « désinstitutionalisation » bouleverse profondément le secteur social et médico-social à l’heure actuelle, induisant un nouveau modèle de prise en charge des personnes en situation de handicap. Selon vous, la désinstitutionalisation, qu’est-ce que c’est ?

Appréhender le concept de désinstitutionalisation, c’est tout d’abord le replacer dans son contexte historique et évolutif. Il trouve ses origines dans un mouvement des professionnels du milieu psychiatrique en Angleterre et en France : les psychiatres rejetant l’idée de traiter la folie, forme de marginalité sociale, par l’isolement, décident dès lors de se placer à contre-courant du fonctionnement asilaire des institutions, en l’occurrence l’hôpital psychiatrique. Ils militent pour des traitements en santé mentale ouverts. Dans les années 1960, aux Etats-Unis, en France, en Grande-Bretagne et en Italie également, des sociologues comme Erwin Goffman, des philosophes comme Michel Foucault, ou des médecins comme Franco Basaglia remettent en cause « l’institution totale » ou totalitaire qui déshumanise et déprécie l’individu, pour au contraire penser le soin hors les murs. En parallèle, le mouvement inclusif se fait jour aux Etats-Unis qui promeuvent et défendent le droit à une « éducation inclusive » (No Child Left Behind Act, 2001), visant à concilier scolarité et handicap en milieu ordinaire et moins en structures spécialisées, accordant ainsi les mêmes droits pour tous.

La désinstitutionalisation est donc un processus d’ouverture des institutions fermées vers une société plus inclusive, qui reconnaît des droits égaux pour tous. La diversité deviendrait ainsi la norme. Dès lors, il s’agit – en France notamment - de maintenir un référent institutionnel – le Centre de la Gabrielle par exemple – tout en ouvrant l’offre de services sur l’environnement, en devenant un campus plutôt qu’un endroit clos.

Quels sont les objectifs de l’approche initiée au Centre de la Gabrielle ?

Mon travail de terrain est avant tout une analyse clinique de la pratique professionnelle. J’entends comprendre et transcrire l’impact de la désinstitutionalisation sur les personnels du Centre de la Gabrielle. Je crée pour cela un espace de parole, de transformation, dans lequel chacun exprime ses doutes, ses frustrations, ses attentes quant à l’évolution de sa profession. Ma préoccupation est d’entendre les craintes que ce mouvement global centré autour des valeurs d’autonomisation, d’autodétermination, de liberté et d’universalité des droits peut causer chez les professionnels et de décoder avec eux la manière de faire évoluer leur pratique.

Quelle méthode de travail appliquez-vous à votre recherche ?

J’ai mis en place un groupe de parole constitué d’une douzaine de personnes, sur la base du volontariat et issus des différents pôles et services, tous confondus. Nous nous réunissons de manière régulière, sur une année à raison d’un groupe de parole par mois au sein du Centre dans une salle dédiée en toute convivialité et imperméabilité. J’attache une importance fondamentale à la confidentialité des échanges, que ma non-appartenance à l’établissement permet de rendre plus riches et sincères. Après cette année, d’autres actions seront initiées dans l’institution pour accompagner le changement.

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Retrouvez plus d’éléments sur le projet européen : « Unlocking freedom through adult education » :